Il s'appelait Mouloud. Séduisant, doué et le poing facile quand il se faisait traiter de bougnoule.
A 16 ans, fuyant la misère de sa Kabylie natale, il s'engage dans la Marine, "fait" Mers-el-Kébir. Après la guerre, il
se retrouve dans le Nord, mécanicien dans une usine puis à la SNCF. Il se marie avec une Ch'ti. Pour s'élever socialement, il passe des concours avec succès malgré racisme et népotisme et
grâce aussi au soutien de ses chefs qui l'appréciaient.
Pendant la guerre d'Algérie, il est entré dans un bistrot, chose interdite par le FLN, et n' a eu la vie sauve qu'en s'évadant d'une pièce où il était retenu prisonnier. Depuis, et jusqu'à la fin
de la guerre, le bruit de sa mobylette, le soir quand il revenait du travail, était anxieusement guetté. Ses enfants l'adoraient.
Il repose aujourd'hui au cimetière de Jeumont, pas très loin d'Arras où des tombes d'anciens combattants nord-africains ont été profanées hier.
Sa fille ainée s'appelle Louisa. C'est ma femme adorée.